Voeux de Jean-Louis BORLOO, président de l’UDI

1
Voeux de Jean-Louis BORLOO, président de l’UDI
Mercredi 15 janvier 2014
Seul le prononcé fait foi
Mes chers amis,
Bonne et heureuse année 2014 à vous toutes et à vous tous… A vous, mes amis, parlementaires et élus de l’UDI, ainsi qu’à vous les représentants de la presse. Vous accomplissez un métier indispensable à notre démocratie, les journalistes ont été particulièrement touchés durant l’année 2013, certains y compris dans leur chair. Nous avons une pensée pour eux.
Mes premiers voeux iront – et vous vous en doutez bien – à l’UDI.
Plus d’un an de travail, j’allais dire seulement 14 mois depuis la fête de la Mutualité.
Un an d’effort, un an de volonté… Je crois qu’on peut mesurer l’importance du chemin parcouru.
Plus de 50 000 militants, 95 fédérations, 68 parlementaires, des milliers de candidats partout en France et des millions de sympathisants prêts à mener les combats électoraux à nos côtés.
Permettez-moi d’adresser mes premiers remerciements à toutes les chevilles ouvrières connues et moins connues de ce grand processus : Les Hervé, Yves, Philippe, Jean-Christophe, André, Jean, tous les François, Bertrand, Jean-Marie et tous les autres, vous vous reconnaîtrez tous.
Nous avons su réaliser ce en quoi peu croyaient : réunir nos familles et nos chapelles pour refonder la grande famille du centre français.
Ce centre indispensable à la vie politique de notre pays, une force profondément humaniste, profondément européenne, très rigoureuse dans la gestion des comptes publics. Une force convaincue qu’opposer l’économique et le social est une pure folie. Une force courageuse dans l’action, démocrate dans la méthode de décision, et républicaine en ce qui concerne les valeurs.
Je me réjouis à en croire les instituts qu’à cette heure-ci en France, la formation politique dont les Français se sentent les plus proches est aujourd’hui l’Union des Démocrates et Indépendants.
C’est aussi le moment de la concrétisation d’un cheminement avec nos cousins du Modem. Ce cheminement, c’est l’installation de l’Alternative, indispensable à notre pays. Cette Alternative se bâtit peu à peu avec évidemment ses difficultés, et c’est normal, c’est logique, nous le savions. Mais l’état d’esprit est constructif , positif et sa règle essentielle n’est pas de regarder s’il y a des difficultés mais de les surmonter une à une. C’est cela le propre des hommes de convictions et des femmes d’actions.
L’Alternative n’est ni dans le rejet de l’autre, ni dans les extrêmes.
Elle n’est pas dans le clivage à court terme même s’il y a des valeurs qui nous sont évidemment propres.
Au fond, c’est quoi cette Alternative ?
C’est l’analyse objective des situations, le diagnostic, la concertation puis après la concertation, la capacité de prendre des décisions réelles, fortes, courageuses, et dans l’exécution, une évaluation permanente car c’est l’évaluation qui permet de mesurer les écarts et de rectifier les trajectoires.
2
Cette force politique modérée d’alternative républicaine, nous devons continuer à la construire car nous le devons à notre pays, à notre démocratie, à notre République, pour redonner un espoir. Sinon le déclin moral, le déclin économique et social nous guettent, ainsi que la montée des extrêmes.
Oui, l’Alternative est le seul réel espoir alternatif de notre pays.
Les Français, d’après la dernière étude du Cevipof, se disent ni de gauche, ni de droite. Je ne suis pas convaincu qu’il n’y ait pas des valeurs qui soient clairement dissociées, notamment sur les sujets de société. Mais en tous les cas ce que veut dire « ce 75% ni de droite ni de gauche », c’est que dans l’action publique, les Français demandent que nous soyons parfois capables de nous réunir car ce qui leur importe avant tout c’est un avenir pour leurs enfants et que notre pays se remette en mouvement et retrouve toute sa place.
2014 ne doit pas être l’année du tournis comme en 2013, mais l’année du tournant d’une France qui se remet en mouvement.
2014 a commencé par une bonne nouvelle, par une révélation – les démocrates-chrétiens ici présents y seront sensibles – : le Président de la République est passé aux aveux !
Il reconnaît qu’il y a eu une crise économique gigantesque en 2008-2010. Il vient de découvrir que le matraquage fiscal était une pure folie, que trop d’impôt tue l’impôt, que l’entreprise et les entrepreneurs, quelque soit leur taille ou leur secteur, sont une richesse essentielle pour notre pays.
Il a enfin reconnu qu’il ne fallait plus opposer l’économique et le social, que ses boites à outils successives étaient inefficaces. Bref, il a annoncé tourner le dos à la politique menée jusqu’à présent.
Alors que le souffle de la reprise souffle partout dans le monde, la France stagne passant d’une crise d’une violence inouïe il y a quelques années, à un sentiment en réalité de grand malaise.
Si ce n’est pas de la pure rhétorique, c’est une bonne nouvelle mais la mise en place de quatre comités « Théodule », un par problème, peut faire craindre l’inaction.
J’ai noté la disparition de la grande réforme fiscale et de la croissance verte.
On peut craindre que l’horizon 2017 pour la baisse des charges s’apparente à un enterrement et que la réduction des dépenses publiques ne soit pas au rendez-vous.
Si le Président veut crédibiliser le processus dans lequel il se propose d’engager la Nation, il peut le faire par une décision immédiate : la baisse immédiate des charges pesant sur les entreprises à hauteur de 6% en renonçant à l’usine à gaz qu’est le CICE et en prévoyant un vote immédiat à exécution 2016 pour le complément de 10 milliards.
Enfin, nous serions dans quelque chose de clair et dans quelque chose de crédible.
Nous sommes dans l’opposition mais nous avons toujours affirmé notre opposition constructive. Nous sommes dans l’opposition et nous le restons. D’ailleurs nous disons depuis 18 mois la même chose au Gouvernement qui commence enfin à nous entendre.
Nous sommes dans l’opposition, mais cela ne nous empêchera pas de soutenir telles ou telles mesures, telles ou telles décisions qui iront dans le sens de cette remise en mouvement de notre pays.
Il est urgent de réconcilier les Français avec eux-mêmes, c’est-à-dire avec leur école, avec leurs systèmes fiscal, social, économique, administratif et politique.
Pour 2014, nous souhaitons que 3 chantiers soient clairement ouverts et menés à leur terme.
3
Le premier, c’est la rénovation de notre démocratie institutionnelle : sortir de la République des annonces et des comités pour entrer dans la République concrète de l’exécution des décisions.
Pour cela nous devons, raisonner sérieusement sur le fonctionnement de notre Parlement, sur sa représentativité, sa taille et surtout sur son mode de fonctionnement. Que de parlementaires ici considèrent que les conditions de travail du Parlement sont absolument inouïes, et jamais, jamais un Parlement n’a été aussi affaibli.
Lorsqu’un gouvernement est obligé de dire qu’il passera par les décrets et les ordonnances, cela pose le problème du fonctionnement de l’Assemblée nationale et du Sénat. Je pense donc qu’une réforme en profondeur est indispensable à mener dans un monde qui va à une vitesse folle. Le mode de fonctionnement de l’oral et de l’écrit à l’Assemblée n’a plus la vitesse nécessaire pour suivre les évolutions rapides et profondes que nous sommes entrain de vivre…
Pourquoi ne pas avoir trois, quatre plénières en même temps qui permettent de consacrer l’action des débats et qui permettent que le Parlement puisse être un acteur efficace et immédiat ? Pourquoi ,ne pas dégager du temps pour ce qui doit être un des rôles majeurs du Parlement, c’est-à-dire le contrôle de l’action gouvernementale ? Le contrôle ne veut pas dire la suspicion mais la confiance n’empêche pas le contrôle. Le Parlement français doit donc être profondément rénové.
La deuxième rénovation est bien évidemment celle de la démocratie sociale, frappée par l’émiettement. Nous avons besoin d’avoir des partenaires sociaux plus puissants et plus représentatifs.
Je ne suis pas convaincu qu’il faille qu’ils soient les principaux gestionnaires des fonds publics de notre pays dans près de 40 0000 organismes paritaires divers et variés et qui empêchent la lisibilité de l’action publique dans nombre de domaines les plus connus étant la formation professionnelle, ou le logement.
L’émiettement du paritarisme, ce n’est pas la contestation du rôle des partenaires sociaux. Mais je ne suis pas convaincu qu’ils doivent être les principaux gestionnaires des flux publics de notre pays – 850 milliards, beaucoup plus que l’Etat bien entendu – mais qu’ils doivent devenir des partenaires. Il faut que nous réinventions la démocratie sociale et le paritarisme.
Et enfin le 3ème chantier, c’est la démocratie locale. La démocratie locale souffre d’un millefeuille administratif.
Je ne suis pas convaincu que le débat sur le nombre de régions soit le débat principal.
Celui qui importe c’est celui sur la clause générale de compétence qui fait que tout le monde peut faire tout. Tout le monde faisant tout… la complexité, le coût de traitement des dossiers, l’allongement des décisions sont tout à fait insupportables.
Et enfin, la démocratie, c’est la gestion des finances au service des populations.
Or la fiscalité locale, vous le savez, est la plus injuste de toutes les fiscalités de notre pays.
Voilà trois grands chantiers : démocratie institutionnelle, démocratie sociale et démocratie locale qui sont pour l’UDI, pour 2014 et pour les années qui viennent, l’alpha et l’oméga de la remise en mouvement de notre pays.
4
Et puis 2014, ce sont les élections municipales.
Nous avons des milliers de candidats qui sont engagés dans ces élections municipales et je les en remercie. Le plus beau des mandats, c’est probablement le mandat local.
D’ailleurs, toujours dans cette étude du Cévipof, c’est le mandat reconnu par les Français et celui qu’ils apprécient le plus parce que cela force à créer des synergies, cela force à avoir une vision de destin commun, cela force à s’intéresser à toutes contradictions pour en faire non pas des oppositions mais des forces créatives. C’est évidemment un mandat formidable et je pense que nos amis de l’UDI capables de dépasser certains clivages sont particulièrement à même de proposer aux Français une gouvernance municipale moderne, républicaine, ouverte, diverse et indispensable.
Mais pour nous 2014, c’est l’année de l’Europe. L’année de l’Europe et non pas l’année de la construction européenne. L’année de l’Europe, c’est l’année de l’Europe et l’année de la France. Ne nous y trompons pas, il n’y a que deux visions possibles.
Il y a les enfants et les petits-enfants d’André Maginot, ceux qui pensent que des frontières statiques, des barbelés et des bunkers immobiles sont la construction de l’avenir de notre pays et ceux qui, en temps militaires, croyaient plutôt à l’armée de mouvement, au mouvement et la motorisation, bref, à l’énergie et aux muscles.
Il y a les enfants d’André Maginot qu’ils se prénomment Jean-Luc, Marine ou quelques autres.
Il y a à côté les européens institutionnels mais frileux et coupables un peu, incapables de poser clairement l’enjeu tel qu’il est.
Et puis, il y a les européens convaincus. Convaincus qu’il faut faire bien évidemment évoluer la construction européenne. Redéfinissions bien ce qui est du projet d’intérêt européen qui permet à la France d’agrandir sa propre souveraineté.
Car qui peut croire une seconde que la nouvelle régulation financière indispensable est à l’échelle de la France ?
Qui peut croire une seconde que les grands enjeux d’optimisation fiscale ne se feront pas de continent à continent ?
Qui peut croire une seconde que le grand sujet du 21e siècle, c’est quel le continent qui sera l’allié de la croissance africaine ? Qui peut croire une seconde que ce n’est pas à l’échelle de l’Europe ?
Qui peut croire une seconde que l’Europe n’est pas un renforcement de la France ? Une France forte sur ses fondamentaux, sur son régalien, sur son école, sur son système de qualifications professionnelles, et une Europe forte.
C’est pour cela que nous devons avoir des députés européens chevronnés au-delà du renouvellement par ailleurs nécessaire.
Ne vous y trompez pas ! Le 25 mai 2014, nous souhaitons que les Français disent non à l’europhobie, non à la peur de l’avenir, non à la peur de l’autre. Oui, à la défense des valeurs européennes, démocrates, solides, à la place de la femme.
Nous voulons défendre ces valeurs dans ce grand projet européen.
Mes amis,
Pour nous, cette année sera l’année de l’Europe, l’année de la proximité, le monde du village et de l’Europe. Mais pour nous, ce sera l’année de l’Europe et des européens. Nous emmènerons des listes aux élections européennes, bien entendu, avec nos amis et partenaires. C’est la condition de la marche en avant de notre pays.
5
Vous savez les peuples d’Europe attendent la France mais une France qui n’est pas frileuse. Une France qui est porteuse de son message universel. Bref, une France forte.
Il faut que le 25 mai 2014, le peuple Français disent non aux europhobes, à la régression et au repli sur soi.
Mes chers amis,
En conclusion, en ce début d’année 2014, nous confirmons que nous sommes dans une opposition constructive. Nous confirmons que l’Alternative est la seule chance alternative aux politiques menées jusqu’à présent.
Nous souhaitons que l’année 2014 soit l’année du mouvement de la France, l’année de la réconciliation. Et puisqu’on parle de réconciliation, permettez-moi de faire un double appel solennel au Président de la République.
La réconciliation ce sont aussi des symboles. Nous avons tous été meurtris récemment par un certain nombre de situations.
Vous savez que l’ONU a décidé que le 21 mars de chaque année, il devait y avoir une journée de lutte contre les racismes et toutes les discriminations.
Je sais qu’à l’Education nationale, dans quelques écoles, le gouvernement adresse un signe de temps à autre.
Je souhaite profondément que cette année, symboliquement, cette journée soit dans les écoles réellement et vraiment consacrée au racisme, à l’Autre, à l’enrichissement par l’autre, à la République et à la lutte contre toutes les différences, tous les racismes et toutes les discriminations.
Je souhaite que les médias qui ont un rôle majeur dans la République, que les radios et télévisions de services publics fassent des émissions particulières durant cette une journée de lutte contre tous les racismes, contre toutes les discriminations. Je souhaite que les organisations syndicales, les entreprises, les collectivités locales fassent des actions sur ce sujet tout à fait essentiel.
Vous savez, la force d’un pays, c’est la force de ses ressources humaines. La réconciliation autour de la République c’est l’accroissement de la puissance humaine de notre pays. Il ne peut pas y avoir une France qui ne se sente pas dans la République. Au-delà du problème moral insupportable, c’est même un problème de vitalité économique pour notre pays.
Et puis, le deuxième voeu solennel, je le répète, je l’ai déjà dit l’année dernière mais sans succès… Ils sont venus, il y a longtemps, ils sont venus reconstruire notre pays et notre industrie. On les appelle les Chibanis, les anciens. Ils sont venus d’Afrique du nord, une grande partie de l’Algérie mais pas seulement pour reconstruire notre pays mais n’ont pas demandé le regroupement familial car ils souhaitaient repartir. Ils ont acquis quelques droits sociaux pour la retraite. Malheureusement, la législation française jusqu’à 2007 les obligeait à rester sur notre territoire pour les toucher, à rester dans des conditions insalubres, indignes, parfois dans des logements qu’on appelait à l’époque Sonacotra. Ils sont entre 20 et 100 000 en réalité. Les années passent. Depuis 2007, une loi a été votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et le Sénat pour qu’ils puissent toucher cette allocation s’ils le souhaitent en retournant au pays. Ces petits décrets qui avaient été pourtant envoyés au Conseil d’Etat pour avis, n’ont pas été publiés… Cela fait 7 ans qu’ils attendent. Je pense que ce serait une bonne manière à l’égard du respect que l’on leur doit, du respect pour notre cohésion républicaine mais aussi du respect pour notre Parlement qui s’est engagé, que les décrets d’application pour les Chibanis soient enfin publiés.
6
Que l’année 2014 soit une année de mouvement, une année de réconciliation, une année de courage. Que l’année 2014 soit l’année d’une démocratie institutionnelle, sociale et locale rénovée, condition de l’affirmation d’une France forte dans une Europe réhabilitée.
A chacune et à chacun, et en particulier à tous ceux qui sont isolés sur notre territoire national, je vous souhaite, l’UDI vous souhaite une très bonne très et une très belle année 2014.

Share This: